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Atteintes à la laïcité : comment réagir ?

Une étude de cas corrigée et commentée

Devenir enseignant, c’est se placer face à des responsabilités morales, éducatives, pédagogiques, administratives, juridiques. Cette étude de cas corrigée, qui intéressera tous les futurs enseignants, est extraite du livre « Faire partager les valeurs de la République » spécialement destiné aux candidats des concours du second degré.


Faire partager les valeurs de la République de Jean-Louis Auduc
Hachette Supérieur - Nov. 2014
288 p. - ISBN 978-2-01-161223-6

Présentation de la situation :

Quatre garçons de la classe demandent au professeur de Lettres de ne pas venir, pour deux d’entre eux, le vendredi après-midi, et pour les deux autres le samedi matin en raison de leurs convictions religieuses. Ils refusent également lors d’une sortie scolaire de visiter une cathédrale au prétexte que c’est un lieu de culte qui ne les concerne pas.

Documents

Les convictions religieuses ne sauraient non plus être opposées à l’obligation d’assiduité ni aux modalités d’un examen. Les élèves doivent assister à l’ensemble des cours inscrits à leur emploi du temps sans pouvoir refuser les matières qui leur paraîtraient contraires à leurs convictions. C’est une obligation légale.

Les convictions religieuses ne peuvent justifier un absentéisme sélectif par exemple en éducation physique et sportive ou en sciences de la vie et de la terre. Les consignes d’hygiène et de sécurité ne sauraient non plus être aménagées pour ce motif…

Des autorisations d’absence doivent pouvoir être accordées aux élèves pour les grandes fêtes religieuses qui ne coïncident pas avec un jour de congé et dont les dates sont rappelées chaque année par une instruction publiée au Bulletin officiel de l’Éducation nationale… L’institution scolaire et universitaire, de son côté, doit prendre toutes les dispositions nécessaires pour qu’aucun examen ni aucune épreuve importante ne soient organisés le jour de ces grandes fêtes religieuses.

Circulaire du 18 mai 2004 publiée au BO du 27 mai 2004.

Questions

■ Comment justifiez-vous aux élèves le refus de leurs demandes ?
■ Comment réagissez-vous à leur refus de visiter une église ?
■ Comment leur présentez-vous la laïcité ?

Quelques pistes de réponses possibles

Il est fondamental de faire comprendre à tous les élèves que la laïcité, ce n’est pas agir contre les convictions religieuses des élèves, mais c’est permettre à l’école de fonctionner sans la contrainte de différentes options religieuses.

Il est fondamental que chacun, dans un établissement scolaire, et notamment les enseignants, aient réfléchi sur ce que signifient les pratiques de la laïcité :
• l’enseignement dans un établissement scolaire repose sur le développement de la raison critique ;
• toute espèce de dogme doit être proscrite ;
• toute pratique enseignante doit s’interdire de se baser sur des vérités « révélées ».

Faire vivre la laïcité, c’est donner à l’élève la possibilité de comprendre que l’espace laïque est le seul qui garantisse à chacun la liberté de conscience et la liberté de culte.

Jacqueline Costa-Lascoux, Jean-Louis Auduc, La laïcité à l’école : un principe, une éthique, une pédagogie, SCEREN-CRDP de Créteil, 2006.

Le conseil d’État a, dès novembre 1989, confirmé parmi les obligations de laïcité de tous les élèves : « les missions dévolues au service public de l’éducation ne peuvent être affectées par les comportements des élèves et notamment le contenu des programmes et l’obligation d’assiduité. »

La commission « La laïcité dans la République », présidée par Bernard Stasi, indiquait dans son rapport de décembre 2003 : « Un manquement à la règle d’assiduité n’est toléré que s’il reste compatible avec l’accomplissement des tâches inhérentes aux études et avec le respect de l’ordre public au sein de l’établissement (Conseil d’État, 14 avril 1995, Koen et Consistoire central des Israélites de France). Le refus d’assister à certains cours, comme le cours d’éducation physique et sportive, n’est pas accepté (Conseil d’État, 27 novembre 1996, Atouff et à la même date Wisaadane). »

Comme l’a indiqué le rapport de l’inspecteur général OBIN en juin 2004, « Les signes et les manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires », il est important de réagir à des contestations portant sur les contenus de formation :

« Beaucoup de professeurs se trouvent devant des difficultés tenant à la contestation de l’objet de la visite, musée, lieu de mémoire et surtout édifices religieux. Ce dernier cas est devenu un vrai sujet de préoccupation et d’inquiétude, notamment pour les enseignants d’histoire.

Un nombre croissant d’élèves refuse de visiter et d’étudier les œuvres architecturales du patrimoine, cathédrales, églises, monastères, dès lors que ces bâtiments ont une fonction religieuse. Les accompagnateurs se sont trouvés plus d’une fois pris de court devant le refus d’une partie de leurs élèves de pénétrer dans un édifice.

Dorénavant avertis, les enseignants réagissent encore une fois en ordre dispersé à ce comportement des élèves. Très peu semblent lui opposer l’idée que l’inclusion de ces visites à l’enseignement qu’ils dispensent les rend obligatoires, obligation qui garantit l’égalité de traitement des élèves. De même, peu arguent de la nature culturelle et non cultuelle des édifices religieux pour l’enseignant et les élèves. »


Pourtant ce passage du cultuel au culturel est inscrit explicitement dans la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État :

La loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 a profondément transformé le service des monuments historiques. De 1906 à 1914, il a intégré le service des édifices diocésains… Il a consacré une attitude nouvelle à l’égard des édifices du culte les plus éminents. Désormais placés sous la surveillance et l’entretien des Beaux-arts, ils rejoignent le lot commun du patrimoine culturel à défendre pour son intérêt artistique et historique et à restaurer en fonction de critères strictement « archéologiques ». De patrimoine des seuls croyants, ils deviennent l’héritage de l’ensemble de la population dont ils constituent une part de l’histoire et de la culture.

Arlette Auduc, « L’héritage des croyants devient patrimoine national », in Hommes et migrations, n° 1259, janvier 2006.

Il est donc important d’expliquer à l’élève que c’est en tant que patrimoine culturel que sont visités lors de sorties pédagogiques des lieux servant ou ayant servi à des cultes d’hier ou d’aujourd’hui. Le classement d’un certain nombre de ces lieux de cultes comme « monuments historiques » en France ou encore mieux comme « patrimoine mondial de l’humanité » par l’Unesco atteste clairement de leur caractère culturel.

La laïcité n’est pas une valeur vide de sens. La laïcité ne se conçoit que dans le respect des principes fondamentaux des droits de l’Homme, tout particulièrement la liberté et l’égalité de tous les citoyens et donc la démocratie.

La laïcité, étymologiquement, c’est l’unité du peuple (le Laos) autour de valeurs partagées. Il faut donc aider nos établissements à ne pas se laisser entraîner dans un compromis ou dans une indifférence à l’égard de ces valeurs fondamentales. Notamment quand cette tolérance aurait pour conséquence de valider toutes les dérives du « droit à la différence » comme celle qui consiste à remettre en cause la stricte égalité entre les femmes et les hommes. La laïcité, c’est la neutralité religieuse, ce n’est pas la neutralité des valeurs.

La tension entre l’égalité citoyenne et l’exercice des libertés est consubstantielle à la République. Il est essentiel d’expliquer et de faire comprendre que la tension entre l’égalité – chacun est citoyen, possède les mêmes droits et obéit aux mêmes lois – et la liberté – chacun est libre d’exprimer des opinions politiques et d’affirmer des croyances religieuses – exprime la tension entre le citoyen et la personne, entre l’espace public et l’espace privé. (…) La laïcité est un moyen d’organiser et de contenir cette tension qui sans elle serait destructrice de la République.

Dans notre République la source de la loi est la Constitution et son Préambule et ne saurait être une prescription religieuse, quelle qu’elle soit. C’est le principe de séparation qui s’exprime là. L’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen le proclame : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. »

Apprendre à distinguer les valeurs fondamentales, les opinions et les croyances.

La pratique de l’argumentation, à l’œuvre dans la quasi-totalité des disciplines, et pas seulement en éducation civique, juridique et sociale, au lycée doit aider à opérer cette distinction. Cette pratique apprend à substituer le raisonnement à l’invective, à mettre de l’ordre dans ses idées, à convaincre certes mais aussi à écouter. Ainsi les élèves apprennent-ils à distinguer les valeurs fondamentales de la République, la démocratie, les droits de l’homme qui sont au sens premier indiscutables, qui doit sous-tendre l’ensemble des enseignements et les opinions qui, en démocratie, normalement s’affrontent.

La prise en compte du fait religieux constitue le deuxième exemple de ce qui doit être fait. En lettres, en philosophie, en histoire et dans les enseignements artistiques l’approche disciplinaire, en classe, de la dimension religieuse de tel ou tel fait, de tel poème ou de tel roman, de telle ou telle œuvre d’art doit être clairement située dans un cadre laïque.

Aidons les enseignants à montrer comment il est possible d’identifier les signes du religieux, comment il faut analyser leur sens en les situant dans leur contexte. L’approche laïque ne se prononce pas sur les croyances. En ce domaine elle éclaire, elle contribue à la construction d’une culture, elle respecte les convictions des personnes. (…)

Éduscol, http://www.eduscol.education.fr


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